Contester une fiducie

La fiducie constitue un outil important de planification successorale, de gestion du patrimoine, de protection familiale et d’administration à long terme de certains biens. Sa création ou son administration peut toutefois devenir une source de conflits. Au Québec, il peut être possible de contester une fiducie, de remettre en question certaines dispositions de l’acte de fiducie, de contester des opérations portant sur les biens fiduciaires ou de demander l’intervention du tribunal relativement à la conduite d’un fiduciaire.

Contester une fiducie ne signifie pas simplement être en désaccord avec les choix effectués par son constituant. Une contestation nécessite généralement un fondement juridique reconnu ainsi qu’une preuve suffisante pour justifier l’intervention du tribunal.

Qu’est-ce qu’une fiducie au Québec?

En droit québécois, une fiducie est constituée lorsqu’une personne, appelée le constituant, transfère des biens de son patrimoine vers un patrimoine distinct qu’elle constitue et affecte à une fin particulière. Un ou plusieurs fiduciaires acceptent alors de détenir et d’administrer ce patrimoine conformément à l’acte constitutif et aux règles applicables.

Cette structure possède une particularité importante : les biens placés en fiducie forment un patrimoine distinct de celui du constituant, des fiduciaires et des bénéficiaires.

Une fiducie peut être constituée du vivant d’une personne ou résulter d’un testament. Elle peut notamment servir à protéger des biens destinés à des enfants ou à des bénéficiaires vulnérables, à administrer un patrimoine familial, à détenir des placements ou des immeubles ou encore à organiser la transmission de biens après un décès.

La nature et l’objectif de la fiducie doivent donc être examinés lorsqu’une contestation est envisagée.

Peut-on contester une fiducie au Québec?

Oui. Selon les circonstances, la validité d’une fiducie ou certains aspects de son administration peuvent être contestés devant les tribunaux.

Il faut toutefois distinguer la contestation de la fiducie elle-même d’une contestation visant la façon dont elle est administrée.

Dans le premier cas, une personne peut soutenir que la fiducie n’a jamais été valablement constituée ou que certaines de ses dispositions ne peuvent produire leurs effets.

Dans le second cas, la fiducie peut être parfaitement valide, mais la conduite du fiduciaire peut être remise en question.

Déterminer précisément ce qui est contesté constitue donc une étape essentielle.

Qui peut contester une fiducie?

La possibilité de contester une fiducie dépend notamment de l’intérêt juridique de la personne concernée.

Selon les circonstances, un bénéficiaire, un héritier, un membre de la famille du constituant, un fiduciaire ou une autre personne dont les droits ou intérêts sont directement touchés peut avoir un intérêt à intervenir.

Le simple fait d’être insatisfait de l’existence ou des modalités d’une fiducie ne suffit généralement pas. La personne qui souhaite la contester doit pouvoir identifier un véritable enjeu juridique affectant ses droits ou justifiant l’intervention du tribunal.

Cette question est particulièrement importante lorsqu’une fiducie modifie considérablement la manière dont un patrimoine sera contrôlé ou distribué après un décès.

Contester la validité d’une fiducie

Une contestation peut d’abord porter sur la validité même de la fiducie.

Les circonstances entourant sa constitution doivent alors être examinées. Selon la situation, des questions peuvent notamment se poser quant à l’acte constitutif, aux biens transférés, à l’acceptation du fiduciaire, à l’objectif poursuivi ou au respect des exigences nécessaires à la constitution de la fiducie.

Le contenu de l’acte de fiducie devient souvent un élément central du litige.

Un document imprécis ou contradictoire peut créer des difficultés concernant les intentions du constituant, l’identité des bénéficiaires, leurs droits, les pouvoirs des fiduciaires ou les conditions auxquelles certaines distributions doivent être effectuées.

Une ambiguïté n’entraîne toutefois pas automatiquement l’invalidité de la fiducie. Il faut généralement examiner le document dans son ensemble afin de déterminer s’il peut produire ses effets conformément à son objectif.

L’inaptitude ou l’incapacité du constituant

La capacité du constituant peut devenir un enjeu majeur lorsqu’une fiducie a été créée par une personne âgée ou vulnérable.

Une personne contestant la fiducie pourrait soutenir que le constituant n’avait pas la capacité nécessaire pour comprendre la nature et les conséquences de l’opération au moment de sa création ou lors du transfert de biens importants.

Cette analyse repose largement sur les faits.

Les dossiers médicaux peuvent être pertinents, mais ils ne constituent pas nécessairement le seul élément à considérer. Le comportement de la personne, sa mémoire, sa compréhension de ses finances, ses communications, ses relations et sa capacité à prendre des décisions de façon autonome pendant la période concernée peuvent également être examinés.

Un diagnostic médical ne permet donc pas nécessairement, à lui seul, de déterminer si une personne était capable de constituer une fiducie. Son état au moment pertinent doit être analysé en tenant compte de la nature et de la complexité de l’opération.

Influence indue, pression et exploitation

Certaines contestations de fiducies reposent sur des allégations de pression ou d’influence indue exercée sur le constituant.

Cette question peut notamment se poser lorsqu’une personne a joué un rôle particulièrement important dans la création de la fiducie tout en bénéficiant directement ou indirectement de celle-ci.

L’isolement du constituant, sa dépendance envers une autre personne, une modification soudaine d’une planification successorale établie depuis longtemps, le caractère secret de certaines démarches, des transferts inexpliqués de biens importants ou la participation active d’un bénéficiaire à la préparation de la fiducie peuvent faire partie des circonstances examinées.

Aucun de ces éléments ne démontre automatiquement l’existence d’une influence indue. Leur combinaison peut toutefois contribuer à établir un contexte nécessitant une analyse plus approfondie.

La question centrale demeure de savoir si la fiducie représentait véritablement les volontés libres et indépendantes du constituant.

Fraude, fausses représentations et erreur

Une fiducie peut également faire l’objet d’une contestation lorsque sa création résulte d’une fraude, de fausses représentations importantes ou d’une erreur significative.

Le constituant peut, par exemple, avoir signé certains documents sur la base d’informations incorrectes concernant leur nature ou leurs conséquences. Des renseignements déterminants peuvent également avoir été dissimulés.

Ces dossiers dépendent fortement de la preuve puisqu’il faut souvent reconstituer ce que le constituant savait, comprenait et souhaitait au moment où la fiducie a été constituée.

Contester une fiducie testamentaire

Une fiducie testamentaire est créée par testament et prend effet dans le contexte du décès du testateur. Le Québec reconnaît notamment les fiducies testamentaires comme une catégorie distincte des fiducies exploitant une entreprise à caractère commercial.

La contestation d’une fiducie testamentaire peut donc être étroitement liée à une contestation de testament.

Lorsque la validité du testament ou des dispositions créant la fiducie est remise en question avec succès, l’existence ou le fonctionnement de la fiducie testamentaire peut également être affecté.

La capacité du testateur, l’influence indue, les formalités testamentaires, l’interprétation du testament ou la validité de certaines conditions peuvent ainsi avoir une incidence directe sur la fiducie.

Ces dossiers peuvent devenir particulièrement complexes lorsque les règles relatives aux fiducies, aux successions, au patrimoine familial et au régime matrimonial se chevauchent. Au Québec, les droits découlant du patrimoine familial et du régime matrimonial ou d’union civile doivent notamment être réglés avant la liquidation de la succession.

Contester l’administration d’une fiducie

Il n’est pas nécessaire que la fiducie soit invalide pour qu’un litige survienne.

De nombreux conflits concernent plutôt la manière dont le fiduciaire administre les biens.

Les décisions relatives aux placements, aux distributions, aux dépenses, à la comptabilité, à la vente de biens, aux conflits d’intérêts ou au traitement des bénéficiaires peuvent notamment faire l’objet de désaccords.

L’acte de fiducie constitue alors un document essentiel puisqu’il permet de déterminer l’étendue des pouvoirs du fiduciaire et les objectifs qu’il doit respecter.

Manquement aux obligations du fiduciaire

Le fiduciaire doit administrer le patrimoine qui lui est confié conformément aux obligations attachées à sa fonction.

Une contestation peut notamment survenir lorsqu’il est allégué qu’un fiduciaire a privilégié ses propres intérêts, utilisé des biens de la fiducie à des fins personnelles, effectué des opérations non autorisées, négligé la conservation du patrimoine, refusé de communiquer certaines informations pertinentes ou administré les biens contrairement à l’objectif de la fiducie.

Les conflits d’intérêts peuvent être particulièrement importants.

L’existence d’un lien entre le fiduciaire et un bénéficiaire ne signifie toutefois pas automatiquement qu’une faute a été commise. Il faut déterminer si les décisions prises sont compatibles avec les obligations du fiduciaire et les modalités de la fiducie.

Demander une reddition de compte

L’accès à l’information financière constitue une source fréquente de conflits.

Un bénéficiaire ou une autre personne intéressée peut vouloir comprendre comment le patrimoine fiduciaire a été administré, notamment lorsque des sommes importantes semblent avoir disparu, que certaines distributions paraissent incompatibles avec l’acte de fiducie ou que des dépenses inhabituelles apparaissent.

Une reddition de compte peut permettre de retracer les biens détenus par la fiducie, les opérations effectuées, les dépenses engagées, les placements réalisés et les distributions versées.

Les documents comptables et bancaires peuvent devenir des éléments de preuve déterminants lorsqu’un litige est porté devant le tribunal.

Destitution ou remplacement d’un fiduciaire

Des problèmes sérieux dans l’administration d’une fiducie peuvent mener à une demande visant la destitution ou le remplacement d’un fiduciaire.

Un simple désaccord entre les bénéficiaires et le fiduciaire ne justifie pas nécessairement une telle mesure.

La question consiste plutôt à déterminer si la situation compromet la bonne administration de la fiducie.

Des conflits d’intérêts persistants, des manquements sérieux, l’utilisation irrégulière des biens, le refus d’exercer certaines responsabilités essentielles ou une situation rendant l’administration efficace impossible peuvent justifier une intervention judiciaire.

Interpréter l’acte de fiducie

Tous les litiges concernant une fiducie ne reposent pas sur une faute.

Il arrive que les parties soient simplement en désaccord sur la signification de certaines dispositions de l’acte de fiducie.

Une clause peut être imprécise quant au moment où un bénéficiaire peut recevoir certains biens, au pouvoir discrétionnaire du fididuciaire, aux dépenses pouvant être acquittées par la fiducie, au traitement du revenu et du capital ou aux conséquences du décès d’un bénéficiaire.

Le tribunal peut alors être appelé à interpréter la fiducie plutôt qu’à l’annuler.

L’objectif consiste généralement à déterminer le sens juridique du document tout en respectant sa structure et la finalité recherchée par le constituant.

Quelle preuve faut-il pour contester une fiducie?

Une contestation de fiducie repose largement sur la preuve disponible.

Selon les motifs invoqués, les éléments pertinents peuvent notamment comprendre :

  • l’acte de fiducie et ses modifications;
  • les testaments et documents de planification successorale antérieurs;
  • les relevés bancaires et financiers;
  • les documents relatifs aux biens transférés à la fiducie;
  • les communications avec les fiduciaires, bénéficiaires et professionnels;
  • les dossiers médicaux lorsque la capacité est contestée;
  • les documents comptables et fiscaux;
  • les courriels, lettres et messages;
  • la preuve concernant les relations et les circonstances du constituant;
  • les relevés des distributions et placements;
  • les témoignages de personnes ayant assisté à certains événements.

La force d’une contestation dépend souvent moins des soupçons entourant la fiducie que de la possibilité de présenter une chronologie cohérente appuyée par des éléments de preuve fiables.

Dans un procès civil au Québec, la partie qui demande au tribunal de retenir sa version des faits doit généralement la démontrer selon la prépondérance de la preuve.

Que peut ordonner le tribunal?

La mesure appropriée dépend de la nature du problème.

Le tribunal peut notamment être appelé à déterminer la validité d’une fiducie ou de certaines dispositions, interpréter l’acte constitutif, examiner la conduite d’un fiduciaire, ordonner une reddition de compte, intervenir relativement à certaines opérations, remplacer un fiduciaire ou déterminer les droits des bénéficiaires.

Dans certaines situations, seule une opération ou une disposition précise est problématique. L’annulation complète de la fiducie n’est donc pas nécessairement la seule solution envisageable.

La conclusion recherchée doit correspondre au problème juridique réellement soulevé.

Fiducie et conflits familiaux

Les fiducies occupent souvent une place importante dans les conflits impliquant des conjoints, des enfants, des parents âgés ou des entreprises familiales.

Une fiducie peut détenir une résidence, des immeubles, un portefeuille de placements, des actions d’une société ou d’autres biens de grande valeur. Une contestation peut donc soulever simultanément des questions relatives aux successions, au droit familial, à la propriété ou à l’administration des biens d’une personne vulnérable.

La présence d’une fiducie ne fait pas nécessairement disparaître les autres droits susceptibles d’exister.

La date des transferts, la provenance des biens, l’objectif de la fiducie et les droits existant au moment des transferts peuvent devoir être analysés.

Fiducies comportant des éléments internationaux

Les contestations de fiducies comportant des éléments internationaux peuvent être beaucoup plus complexes.

Le constituant peut avoir vécu au Québec alors que certains biens sont situés dans un autre pays. Les fiduciaires et bénéficiaires peuvent également résider dans plusieurs juridictions.

Il faut alors déterminer, entre autres, quelle loi régit la fiducie, quel tribunal peut entendre le litige, où les procédures doivent être entreprises et si un jugement rendu dans une juridiction pourra être reconnu ou exécuté ailleurs.

Cette analyse est particulièrement importante puisque la fiducie de droit civil québécois ne correspond pas exactement au concept de trust utilisé dans les juridictions de common law.

Les délais pour contester une fiducie

Une personne qui envisage de contester une fiducie doit porter une attention particulière aux délais applicables.

Le délai de prescription peut varier selon la nature du recours, le moment où certains faits ont été découverts, les conclusions recherchées et la situation des personnes concernées.

Attendre peut également créer des difficultés pratiques indépendamment de la prescription. Des biens peuvent être vendus, des placements modifiés, des distributions effectuées et certains éléments de preuve peuvent devenir plus difficiles à obtenir.

Il est donc important d’établir rapidement une chronologie précise des événements.

Avant de contester une fiducie

Avant d’entreprendre une contestation, il est utile de déterminer précisément la nature du problème.

L’acte de fiducie devrait être examiné avec ses modifications, les états financiers, les communications pertinentes et les documents relatifs à la création et au financement de la fiducie.

Il faut ensuite identifier la question centrale : la validité même de la fiducie est-elle contestée? Une disposition est-elle ambiguë? Certains biens ont-ils été transférés irrégulièrement? Le véritable problème concerne-t-il plutôt l’administration du fiduciaire?

Cette distinction peut modifier considérablement la preuve nécessaire ainsi que les conclusions pouvant être recherchées.

Contester une fiducie au Québec nécessite généralement davantage qu’un désaccord avec les décisions du constituant ou une insatisfaction à l’égard du fiduciaire. Il faut pouvoir identifier un fondement juridique et factuel justifiant l’intervention du tribunal.

Une contestation peut concerner la validité de la fiducie, la capacité ou le consentement du constituant, une fraude ou une influence indue, l’interprétation de l’acte de fiducie, l’administration des biens, un conflit d’intérêts, une reddition de compte ou un manquement aux obligations du fiduciaire.

La première étape consiste donc à déterminer précisément ce qui est contesté et à réunir les documents permettant de comprendre comment la fiducie a été constituée et administrée.

Puisqu’en droit québécois la fiducie constitue un patrimoine distinct affecté à une fin particulière, contester une fiducie exige une analyse attentive de l’acte qui l’a créée, des circonstances entourant sa constitution et de la manière dont ses biens ont été administrés.

Ce texte est fourni à titre d’information juridique uniquement. Si vous avez une question spécifique concernant votre situation personnelle, veuillez contacter un avocat.

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