Succession au Québec et mariage à Cuba

Un mariage célébré à Cuba peut avoir des conséquences importantes sur une succession réglée au Québec, particulièrement lorsque la personne décédée vivait au Québec ou que la majorité de ses biens s’y trouvent. Le seul fait que le mariage ait été célébré à l’extérieur du Canada ne signifie pas qu’il sera sans effet sur les droits de l’époux ou de l’épouse survivante au Québec.

Une telle situation peut toutefois rendre le règlement de la succession considérablement plus complexe. Des questions peuvent notamment se poser quant à la reconnaissance et à la preuve du mariage cubain, au régime matrimonial applicable aux époux, aux effets du testament, à la propriété des biens situés au Québec, aux droits financiers du conjoint survivant ainsi qu’aux obligations du liquidateur.

Ces questions deviennent particulièrement importantes lorsqu’un époux demeure à Cuba alors que l’autre vit au Québec, y possède la majorité de son patrimoine et y décède.

Mariage à Cuba et succession au Québec

La première question consiste généralement à déterminer si le mariage célébré à Cuba est juridiquement reconnu aux fins de la succession québécoise.

Un mariage étranger n’est pas écarté simplement parce qu’il a été célébré à l’extérieur du Québec. Sa validité peut nécessiter l’examen du droit du lieu où il a été célébré ainsi que de la capacité juridique des époux à se marier.

Le liquidateur peut donc devoir obtenir une preuve fiable du mariage. Le certificat de mariage cubain et d’autres documents d’état civil peuvent devoir être obtenus, authentifiés lorsque cela est nécessaire et traduits en français ou en anglais pour leur utilisation au Québec.

Des difficultés peuvent notamment survenir lorsque les documents québécois de la personne décédée indiquent qu’elle était célibataire, divorcée ou veuve, alors qu’un conjoint demeurant à Cuba soutient qu’un mariage valide existait toujours au moment du décès.

Une séparation de fait, même très longue, ne signifie pas nécessairement que le mariage a juridiquement pris fin.

Mariage et héritage sont deux questions distinctes

Être le conjoint de la personne décédée et être son héritier sont deux notions liées, mais distinctes.

Lorsqu’il n’existe aucun testament, l’existence d’un conjoint survivant légalement reconnu peut directement modifier l’identité des héritiers et la répartition de l’héritage. Selon les autres membres de la famille qui survivent à la personne décédée, le conjoint peut partager la succession avec les descendants ou certains autres proches.

Lorsqu’il existe un testament valide, la personne décédée dispose généralement d’une plus grande liberté quant à la transmission de ses biens. Le mariage ne signifie donc pas nécessairement que le conjoint survivant reçoit automatiquement l’ensemble de la succession.

Toutefois, l’exclusion du conjoint dans un testament ne fait pas nécessairement disparaître toutes les conséquences financières du mariage. Avant de déterminer quels biens peuvent effectivement être distribués aux héritiers, il peut être nécessaire de régler les droits découlant du mariage lui-même.

Cette distinction est fondamentale dans une succession impliquant un époux ou une épouse à Cuba.

Le régime matrimonial peut devoir être réglé avant la succession

L’une des questions les plus importantes dans une succession impliquant le Québec et Cuba concerne le régime matrimonial applicable aux époux.

Le régime matrimonial détermine certains droits patrimoniaux entre les conjoints. Ces droits sont distincts du droit de recevoir un héritage.

Lorsqu’un couple possède des liens avec plusieurs pays, la détermination du régime matrimonial applicable peut nécessiter l’analyse de la situation des époux au moment du mariage. Il peut notamment être nécessaire d’examiner leur domicile, le lieu de leur première résidence commune, l’existence d’un contrat de mariage et toute modification ultérieure de leur régime matrimonial.

Il ne faut donc pas automatiquement présumer que le régime matrimonial normalement applicable au Québec gouverne le mariage simplement parce que la personne décédée s’est éventuellement établie au Québec ou y a accumulé un patrimoine important.

Inversement, le seul fait que le mariage ait été célébré à Cuba ne signifie pas nécessairement que le droit cubain gouverne toutes les conséquences patrimoniales du mariage.

Cette question doit être résolue avant de procéder à la distribution définitive de la succession.

Biens successoraux situés au Québec

Lorsque la majorité du patrimoine de la personne décédée se trouve au Québec, l’administration concrète de la succession s’y déroulera souvent en grande partie.

Le patrimoine peut comprendre une résidence, des immeubles locatifs, des comptes bancaires, des placements, des participations dans des sociétés, des véhicules et d’autres biens situés ou administrés au Québec.

Les immeubles méritent une attention particulière dans une succession internationale. Une maison, un condominium, un immeuble commercial ou un terrain situé au Québec peut soulever des questions différentes de celles applicables aux biens mobiliers ou aux biens situés à l’étranger.

Le liquidateur doit donc éviter de présumer que le droit d’un seul pays régira nécessairement tous les biens et toutes les questions. En droit international privé, différents aspects d’une même succession peuvent nécessiter des analyses distinctes.

Résidence familiale et patrimoine familial

Si la personne décédée était légalement mariée et que les règles québécoises pertinentes trouvent application, certains biens peuvent être visés par le patrimoine familial avant que le solde de la succession soit distribué.

Le patrimoine familial peut notamment comprendre certaines résidences utilisées par la famille, les meubles qui les garnissent, les véhicules utilisés pour les déplacements de la famille ainsi que certains droits accumulés dans des régimes de retraite.

Cette question peut devenir particulièrement délicate lorsque l’épouse ou l’époux survivant vit à Cuba et que le principal actif de la personne décédée est une résidence située au Québec.

L’analyse ne dépend pas nécessairement uniquement du nom inscrit sur le titre de propriété. Inversement, le mariage ne signifie pas que le conjoint devient automatiquement propriétaire de la moitié de chaque bien. Le patrimoine familial concerne généralement le partage de la valeur de certaines catégories de biens plutôt qu’un transfert automatique de la moitié de chaque actif.

L’utilisation des biens, les modalités de vie des époux et les règles de droit international privé applicables peuvent donc devenir déterminantes.

Un testament n’élimine pas nécessairement les droits matrimoniaux

Une personne vivant au Québec peut rédiger un testament laissant l’ensemble de sa succession à ses enfants, à ses frères et sœurs, à un nouveau conjoint de fait ou à une autre personne alors qu’elle demeure légalement mariée à une personne vivant à Cuba.

Le testament demeure extrêmement important, mais il ne doit pas être analysé isolément.

Le liquidateur peut d’abord devoir déterminer si le mariage cubain était toujours valide au moment du décès et si le conjoint survivant possède des droits découlant du patrimoine familial, du régime matrimonial applicable ou d’une autre obligation juridique.

Ce n’est qu’après avoir déterminé les réclamations et obligations qui doivent être réglées avant le partage que le liquidateur pourra établir la valeur nette de la succession réellement disponible pour les héritiers désignés au testament.

C’est notamment pour cette raison qu’une situation matrimoniale internationale devrait être examinée au moment de la planification successorale plutôt que découverte uniquement après le décès.

Séparation et divorce ne sont pas synonymes

Une source fréquente de difficultés est le mariage qui, dans les faits, a pris fin plusieurs années avant le décès sans qu’un divorce ait été officiellement prononcé.

Un conjoint peut s’être installé définitivement au Québec tandis que l’autre est demeuré à Cuba. Ils peuvent avoir vécu séparément pendant des années, avoir eu très peu de contacts et avoir considéré leur relation comme terminée.

Ces faits ne signifient pas nécessairement que leur mariage a juridiquement été dissous.

En l’absence d’un divorce valide, la personne vivant à Cuba peut toujours être le conjoint de la personne décédée au moment de l’ouverture de la succession. Cette situation peut avoir une incidence directe sur une succession sans testament et peut également soulever des questions relatives au régime matrimonial et aux droits financiers du conjoint même lorsqu’un testament existe.

Le liquidateur devrait donc obtenir la preuve de tout divorce plutôt que de se fier uniquement à l’affirmation selon laquelle les conjoints étaient séparés depuis longtemps.

Pension alimentaire et décès d’un conjoint

Une obligation alimentaire entre époux peut ajouter une autre dimension au règlement de la succession.

Il ne faut pas automatiquement présumer qu’une obligation alimentaire existante disparaît sans aucune conséquence au décès. Selon les circonstances, la nature de l’obligation existante et les règles applicables à la relation, des questions peuvent notamment se poser concernant des sommes déjà dues ou certaines réclamations financières liées aux besoins du conjoint survivant.

Ces questions sont distinctes du droit à l’héritage. Une personne peut potentiellement détenir une réclamation contre une succession sans être héritière, tout comme les droits d’un héritier peuvent être réduits par les dettes et réclamations valides qui doivent être réglées avant le partage de l’héritage.

Lorsque le conjoint réside à Cuba, des difficultés pratiques concernant la preuve, les devises, les opérations bancaires, les transferts internationaux et l’exécution des obligations peuvent également compliquer le règlement.

Difficultés pour le liquidateur

Le liquidateur d’une succession québécoise impliquant un mariage cubain devrait identifier les questions internationales dès le début de son administration.

Les difficultés peuvent notamment concerner la détermination de l’état matrimonial de la personne décédée, l’obtention des documents d’état civil cubains, la vérification de l’existence d’un divorce ou d’un autre jugement, l’identification du régime matrimonial, la détermination du droit applicable à certains biens ou certaines réclamations, la localisation du conjoint survivant, la traduction et l’authentification des documents ainsi que les communications et transferts de fonds internationaux.

Le liquidateur doit également distinguer les biens qui appartiennent véritablement à la succession des sommes qui pourraient devoir être considérées préalablement en raison des droits matrimoniaux ou d’autres obligations.

Une distribution trop rapide peut être particulièrement problématique. Lorsque des biens québécois ont déjà été vendus et que l’héritage a été distribué aux héritiers, il peut devenir beaucoup plus difficile de corriger la situation si les droits d’un conjoint survivant ont été omis.

Documents cubains et preuve au Québec

Les documents étrangers jouent souvent un rôle essentiel dans ces successions.

Selon les circonstances, les documents pertinents peuvent comprendre le certificat de mariage cubain, des certificats de naissance, des documents de divorce, un contrat de mariage, des documents d’état civil et d’autres certificats officiels.

Un document parfaitement valide à Cuba peut néanmoins devoir respecter certaines formalités supplémentaires pour être utilisé efficacement dans le cadre d’une succession ou d’une procédure judiciaire au Québec. Selon le document et l’utilisation prévue, il peut notamment être nécessaire de considérer son authentification ou les formalités équivalentes ainsi que sa traduction certifiée.

Les différences dans les noms peuvent également créer des difficultés. Les variations dans les noms de famille, les accents, l’ordre des noms, la translittération ou l’utilisation de plusieurs noms de famille devraient être identifiées rapidement plutôt qu’au moment où les biens doivent être transférés.

Importance du domicile de la personne décédée

Dans une succession internationale, la nationalité de la personne décédée n’est pas nécessairement le facteur déterminant.

Une personne peut être cubaine de naissance ou de citoyenneté tout en ayant établi de façon permanente sa vie au Québec. Inversement, une personne peut posséder des biens importants au Québec tout en conservant des liens juridiques importants avec Cuba.

La détermination du domicile de la personne décédée peut donc être fondamentale. Sa résidence, sa situation familiale, son parcours d’immigration, son emploi, ses biens, ses affaires financières et son intention d’établir son principal lieu de vie dans un territoire donné peuvent notamment être pertinents.

Cette détermination peut influencer les règles successorales applicables à certains aspects de la succession.

L’épouse ou l’époux cubain absent du testament

Lorsqu’une personne décède au Québec en laissant un testament qui ne prévoit rien en faveur de son conjoint vivant à Cuba, le liquidateur ne devrait pas immédiatement conclure que ce conjoint ne recevra rien ni, à l’inverse, que le testament est sans effet.

Plusieurs questions doivent plutôt être examinées séparément :

  1. Le mariage était-il valide?
  2. Le mariage existait-il toujours au moment du décès?
  3. Quel régime matrimonial régissait les époux?
  4. Les règles du patrimoine familial sont-elles applicables?
  5. Existe-t-il des obligations financières ou alimentaires non réglées?
  6. Quels biens font réellement partie de la succession une fois ces questions réglées?
  7. Que prévoit le testament quant au patrimoine restant?

Ce n’est qu’après cette analyse que les droits réels des héritiers peuvent être déterminés avec suffisamment de certitude.

Décès sans testament

Les conséquences peuvent être encore plus importantes lorsqu’une personne résidant au Québec et mariée à Cuba décède sans testament.

Si le mariage cubain est reconnu et existait toujours au moment du décès, le conjoint marié survivant peut être un héritier légal. Sa part de l’héritage dépendra alors des autres membres de la famille qui survivent à la personne décédée.

Lorsque la personne décédée laisse notamment un conjoint marié et des descendants, le conjoint et les descendants peuvent être appelés à partager la succession plutôt que les enfants de la personne décédée recevant automatiquement l’ensemble des biens.

Cette répartition successorale intervient après la prise en compte des conséquences matrimoniales pertinentes du décès.

La découverte d’un mariage cubain jusque-là ignoré peut donc modifier profondément l’identité des héritiers et la valeur de l’héritage auquel chacun a droit.

Planification d’une succession entre le Québec et Cuba

Un mariage international devrait être expressément considéré dans la planification d’une succession.

Une personne qui s’est mariée à Cuba avant de s’établir au Québec ou d’y acquérir un patrimoine important devrait s’assurer que sa documentation permet d’établir clairement son état matrimonial et que son testament correspond toujours à ses intentions.

Il peut également être utile d’identifier le régime matrimonial applicable, de conserver le certificat de mariage ainsi que tout contrat de mariage ou jugement de divorce, de vérifier la propriété des biens situés au Québec, d’examiner les bénéficiaires désignés de certains régimes et assurances et de s’assurer que le liquidateur choisi connaît l’existence du mariage international.

Lorsque les conjoints sont séparés depuis plusieurs années, leur situation juridique devrait également être clarifiée. Une planification successorale fondée sur l’hypothèse qu’un mariage est terminé dans les faits peut produire des conséquences inattendues si celui-ci n’a jamais été juridiquement dissous.

Un mariage célébré à Cuba combiné à une succession dont le patrimoine est principalement situé au Québec soulève des questions qui dépassent largement le contenu du testament.

La validité et la continuation du mariage, le régime matrimonial des époux, le patrimoine familial, la propriété des biens québécois, les éventuelles réclamations financières ou alimentaires, le domicile de la personne décédée et les règles applicables à la succession peuvent tous devoir être examinés.

Pour le liquidateur, la question centrale n’est donc pas simplement de savoir si l’épouse ou l’époux cubain est désigné comme héritier. Il faut d’abord déterminer quels droits et obligations découlent du mariage et quels biens demeurent effectivement dans la succession après leur règlement.

Pour les personnes ayant des liens avec le Québec et Cuba, examiner ces questions avant le décès peut réduire considérablement les incertitudes. Une documentation claire de l’état matrimonial, un testament adapté à la situation et une bonne compréhension du régime matrimonial peuvent éviter qu’un mariage international ne devienne une source inattendue de conflit lors du règlement de la succession.

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