
Peut-on déshériter son enfant au Québec ?
Le Code civil du Québec (C.c.Q.) régit le droit des successions et reconnaît la liberté testamentaire — c’est-à-dire le droit de choisir les bénéficiaires de sa succession — mais cette liberté est encadrée par des obligations légales et morales. Par exemple, un parent ne peut priver un enfant mineur ou à sa charge du soutien financier qui lui est dû de son vivant, ni de certains droits prévus par la loi au décès.
Contrairement à d’autres provinces ou pays, le droit québécois ne reconnaît pas aux enfants une « part réservataire » automatique dans la succession de leurs parents, sauf dans des situations particulières comme la dépendance économique. Il est donc possible, en droit, d’exclure un enfant adulte et autonome d’un testament. Toutefois, cette intention doit être exprimée clairement dans un testament valide, rédigé selon les formalités prévues au Code civil, afin d’éviter toute contestation ou ambiguïté.
Un enfant exclu peut néanmoins contester le testament dans certaines circonstances. Il peut invoquer l’influence indue, l’incapacité du testateur ou encore des abus moraux ou psychologiques ayant mené à l’exclusion. De plus, si le parent décédé devait une somme à l’enfant — par exemple, une pension alimentaire impayée ou une dette contractuelle —, cette dette demeure exigible de la succession, peu importe les dispositions du testament.
Sur le plan moral et familial, la déshéritation d’un enfant soulève souvent la controverse. Les tribunaux québécois examinent attentivement ce type de dispositions lorsqu’elles semblent motivées par la rancune, la discrimination ou la manipulation par des tiers. En pratique, il est recommandé qu’un parent explique ses motifs dans une lettre ou une déclaration écrite pour réduire les risques de conflit après son décès.
En somme, bien que la loi québécoise permette de déshériter un enfant majeur, cette décision doit être prise avec prudence, dans le respect de la loi et pour des raisons légitimes. L’accompagnement d’un professionnel du droit et la rédaction rigoureuse du testament demeurent essentiels pour assurer le respect des volontés du testateur et prévenir tout litige successoral.
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